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Les chaises racontent...
La série « Les chaises racontent... » est née de la rencontre de deux résistances, l'une photographique, l'autre socio-économique.

La photographie est souvent un art du présent, du concret. On y fabrique de l'image. Beaucoup moins de l'absence. La représentation de cette dernière pose problème puisqu'elle s'y trouve en creux. Spontanément, la photographie résiste au vide qui lui fait peur. Rien à voir! Ce n'est pas intéressant!
Il lui faut du concret, du réel. Et pourtant, ce réel n'a rien à voir avec la réalité puisqu'il sera réinvesti par l'imaginaire, doté d'une nouvelle aura, transmuté.

Les régions, les petits villages de ces régions, tentent de résister aussi à la réalité, celle de la force d'attraction des grands centres, des métropoles. Les municipalités, siphonnées de leur réalité, se retrouvent dans un réel mortel.

À l'occasion du centième anniversaire de Sainte-Lucie-de-Beauregard, un petit village des Appalaches où nous passons six mois par année, j'ai proposé aux organisateurs de faire quelques photos illustrant le dépeuplement de la municipalité : pour chaque famille photographiée (une génération à la fois), il y aurait autant de chaises que d'enfants, les enfants résidants encore au village seraient assis sur les chaises, des chaises vides pour les enfants partis ou décédés. Du plus vieux ou de la plus vieille au plus jeune, de gauche à droite.

Un dernier mot sur le « décor ». Chaque photo fut prise devant la maison familiale d'origine qui, au cours des ans, fut transformée, rénovée, agrandie, laissée en l'état ou abandonnée.

Ce qui s'annonçait comme un petit projet s'est transformé en opération de masse! J'ai photographié 70 familles. Presque l'entièreté du village qui compte environ 300 habitants, le tout sur deux ans. Et avec l'aide précieuse de ma compagne, Lise Harel, et de deux personnages du village : Marcel Falardeau et Pierre Lachance.