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Corps et âme
Ces portraits sont des anti-portraits. Les sujets devaient se cacher la figure avec leurs mains de telle sorte que l'on ne voit que leurs yeux! Chacun choisit spontanément ce qui lui convient: mains jointes, en éventail, superposées, à main unique, à l'envers... chacun révélant, à sa façon, ce qu'il veux cacher. Cette gestuelle exprime le corps, mieux que ne le ferait tout le corps puisqu'il condense, synthétise, traduit une mise en scène demandée par le photographe.

Il s'agit bien de mise en scène puisque les mains sont masque. Elles doivent couvrir, dissimuler, voiler. Et, paradoxe, faire apparaître, révèler l'autre. Ce masque ne cache pas, il montre. Il redirige le regard du spectateur sur celui du sujet. Il jette un pont, établit un dialogue muet de l'un à l'autre, transmue ce regard en émotion. "De coeur à coeur" comme dit dans le zen.
L'épuisement d'une posture révèle le souci de retrouver le mouvement intérieur essentiel. Bernard Mataigne dépasse ici le portrait vu « à l’ancienne », dernier refuge de la « valeur culturelle » de l’ancien monde qui résiste à la reproductibilité technique, comme le disait Walter Benjamin (1). Ces portraits sont nouveaux. Irréductibles à une connaissance (dé)passée.